Ce que nous démontre la crise d'aujourd'hui c'est que nous ne pouvons plus "faire société" en gardant au cœur de nos cultures les valeurs de compétition et de prédation. Le prédateur (chez les humains), c'est celui qui n'a d'autre objectif que de s'approprier un maximum de ressources pour jouir du plus de pouvoir possible sur l'autre. Le prédateur dans le monde animal est différent, il ne prélève généralement que ce dont il a besoin et il participe a un équilibre.


La prédation humaine est un comportement irrationnel, en effet, les ressources sont limitées et leur accumulation par une minorité dominante aboutit à des "folies" du genre de l'affaire Kerviel ou de la crise des subprimes. Le modèle de la coopération, n'est pas un modèle moral, c'est avant tout une logique rationnelle. Les forces unies d'un groupe suffisamment cohésif ou le pouvoir est également partagé (même si un leeader est élu par le groupe) résolvent beaucoup mieux les problèmes de toutes sortes que celles dans lequel un groupe subit la pression autoritaire d'un chef tout puissant et s'y soumet.

Des recherches en sciences sociales démontrent par exemple que la capacité d'un groupe à résoudre des problèmes ensemble est toujours supérieure à la capacité des individus isolés dans ce groupe. J'utilise dans mon métier de formateur des jeux de groupe du genre: "l'avion écrasé dans les andes" qui ont pour but de démontrer cela aux participants.

Dans les pédagogies actives, comme celles de Célestin Freynet, les élèves n'apprennent pas seuls face à un maître tout puissant et détenant tout le savoir. Ils coopèrent à la rédaction d'un journal local sur le quartier ou sur le village et c'est comme ça qu'ils apprennent tout un tas de chose. Dans le plaisir de la découverte par soi même, du travail ensemble et du partage de son savoir avec les autres. Ce modèle d'apprentissage est un modèle coopératif. Il forme des femmes et des hommes autonomes, aptes à prendre la parole et à s'affirmer devant les autocrates qui prétendent régler tous les problèmes pour eux.



Le modèle magistral, dans lequel un maître détient tout le savoir devant des élèves ignorant, renvoyés à la solitude du silence et l'immobilité des corps est un modèle de compétition entre chacun qui instille et légitime une logique de prédateurs.

Les "meilleurs élèves" qui sortent de cette "compétition" seront alors en droit de disposer de toutes les ressources nécessaires pour exploiter les "moins bons" qui seront réduits aux emplois subalternes, à la précarité de l'intérim, la vacation, les temps partiels, les cdd etc ou complètement rejetés du système et contraint soit à l'errance ou au recours à la délinquance.

Le "bon élève" issu des logiques de prédation, n'a rien de "bon" en lui qui justifie de la jouissance des ressources qu'il s'attribue. Il est en général "bon élève" parce qu'il jouissait au départ d'un capital de ressources déjà là: capital culturel et financier des parents, capacités des mêmes parents à valoriser le système compétitif et à l'accompagner dans ses méandres à chaque étape de la compétition.

Les "maîtres de la finance", les "Gurus de Wall Street", sont les purs produits de ce modèle de production de prédateurs. Ils enfument les populations depuis des années avec des théories fumeuses sois disant "mathématiques". L'irrationalité de leurs constructions apparait aujourd'hui dans toute sa splendeur. La simple sagesse d'un indien "guarani" avec sa "pensée archaïque" et son respect de la sacralité de la nature lui suffit pour comprendre qu'on ne peut prélever plus de ressources que ses besoins propres sans créer des catastrophes.

Les cartables de 10 kgs sur le dos de nos enfant en primaire participent également de cette logique de prédation: "plus je lui inculque de ressources intellectuelles et plus il sera armé pour la compétition". Il n'y a pas besoin de faire des doctorats en économie pour comprendre que les ressources sont limitées. Un enfant de six ans peut le comprendre très facilement. Par contre il faut tout un apprentissage de la coopération et du dialogue pour sortir de la logique archaïque et stupide de la prédation.

Dans un groupe ou une dans une classe par exemple, on dispose d'une ressource très riche: la parole. Comment se distribue la parole? Il n'est pas besoin d'élaborer et d'enseigner de grandes théories sur la démocratie. Il suffit de permettre à chacun de prendre et d'exister dans sa propre parole, dans sa propre expérience. Ce sont, je crois, quelques pistes pour sortir des logiques destructrices et violentes de la prédation humaine et revenir vers les logiques douces et épanouissantes de la coopération. Quand commençons nous?